Poésie : prises alternatives

Un journal de travail, par Samuel Rochery

mercredi 8 novembre 2017

Poète engagé


Je m'équipe ! Tai-Jitsu + Close Combat, à l’Ecole Militaire. Je dois être le premier poète, enseignant en philosophie de surcroît (pour ne rien lâcher), qu’ils voient passer sous le porche ultra-surveillé. J’ai profité de ce statut spécial pour proposer au Colonel d’ouvrir une section poésie dans la caserne. Le but, bien sûr : faire prendre conscience aux poètes professionnels intéressés, tant "engagés" que réservistes dans le milieu de la poésie contemporaine, qu’il existe de vrais métiers dans la vie (comme poète incognito, par exemple). Venez nombreux, la fleur au fusil.


samedi 28 octobre 2017

La voix est le dernier de mes soucis


"C'est une fatigue vocale".





Making-of :


samedi 21 octobre 2017

Poésie politique #grossabots


Invité par la « Revue politique et parlementaire », c’est un honneur, pour moi, de figurer parmi des noms peu connus dans le milieu de la poésie contemporaine pour débattre poésie. J’avoue cependant ne pas avoir compris le sens de la question du thème proposé. Mais j’ai fait avec. J’y livre un long poème qui s’intitule « Du contrat de poésie entre les poètes » (3e partie d’un projet de poésie politique).

Extrait pdf de ma contribution :




Du Contrat de poésie entre les poètes (dcdp.pdf)




dimanche 8 octobre 2017

En lisant deux morceaux du journal (extraits) de Christian Prigent



Lecture du Journal de Christian Prigent, dont quelques extraits sont exceptionnellement parus aux éditions Sitaudis :

«La médiocrité littéraire» (la littérature non nulle, la littérature dite «de qualité», le «demi-monde» littéraire), il en faut : pas de «vie littéraire» sans elle. Le problème, c'est qu'elle confisque un peu partout l'idée même de littérature. Qu'il existe autre chose, que la littérature soit autre chose que ces demi-mesures stylisées, et que cette autre chose soit désirable et partageable devient alors un point de vue difficile à défendre.

<Lecture avec mon stylo > Le propre de la demi-mesure stylisée, parfaitement au courant de la chose intéressante (et toujours à la traîne, aux basques, de la chose, telle une « groupie »), c’est justement d’exceller, paradoxalement, dans une grandiloquence des relais de la médiocrité (ce qu’on appelle aujourd'hui la « critique » - ie : la chronique des copains bien placés dans les institutions, journaux, médias en général, liés par le même sang de médiocrité): "cet ouvrage est inouï, c’est un ovni, etc., etc," : évidemment !) . L’idée de littérature est plus que confisquée : il faut qu’elle soit à tout jamais intouchable, atermoyée ou toujours déjà passée (nostalgisée), pour que règne excellemment pépère la demi-mesure. Imagine-t-on le règne d’une armée de ninjas, dont l’idée royale est de se fondre dans tous les murs pour les faire exploser ?  


Peut-il encore exister des éditeurs qui aient la volonté de constituer un fond, exploitable dans le long temps de l'Histoire à venir ? qui parient, donc, sur le fait que quelques-uns des ouvrages «expérimentaux» qu'ils publient trouveront un jour un public puis deviendront des «classiques» ? qui envisagent d'accumuler ainsi un capital à la fois symbolique et monétaire ?

Alors là, une réponse, je crois : "oui, les éditions Le Quartanier".


samedi 7 octobre 2017

Création des penchants et des faiblesses, poème parlé


Pourquoi chez un David Antin
le poème parlé sonne-t-il
comme une résistance nécessaire
sous les apparences d’emporte-pièce,
et chez pas mal d’autres poètes
(notamment français), comme une facilité
qui fait dire : « tu n’es pas encore dans la parole » ?
Parce que chez la plupart des poètes,
il y a penchant, et pas
création de penchant.
Ou : le poète s’arrête souvent là
où il s’agit de créer son poète.
(Ben quoi, je suis poète dans la poésie,
ça suffit pas ?). Il y a le refus d’admettre
tout le meurtre (= sale boulot,
pour être moins abrupt)
que constitue
une parole déliée,
ou « libre ».
Plus que jamais, le meurtre définit
la responsabilité de celui qui écrit.
Avant de passer à l’acte,
rien n’est grave, pour le dire autrement.
Ou encore : « tout est poétique ».
Rien n’est grave : c’est dire aussi
que ta légèreté ne s’est pas encore affirmée
(elle est juste rêvée, utopisée),
faute de résistance.

Une parole « libre »
se retrouve dans l’emporte-pièce,
la digression, comme dans le serrage
le plus méthodique des boulons :
à chacun son meurtre à fabriquer.
« Chacun sa merde » (chacun
son sale boulot) : en plus d’être grossière,
cette phrase est carrément
anti-politique. On est d’accord.
Mais le « chacun sa merde »
commande un sens
des difficultés propres
à chacun, en vue d’une amélioration collective,
d’un fonctionnement politique
qui ne soit pas
le simple théâtre en réseau
des penchants (qu’on suppose
un peu trop vite « amicaux »,
« empathiques »
sans que ça pose problème !).
Le sens du politique
ne se « déclare » pas en prenant
le chemin d’un autre ou le chemin
de tout le monde (qu’on me dise déjà
ce que c’est, « tout le monde » !):
autant travailler à tenter d’exorciser,
façon robot, dogmatiquement,
toute sa vie, le fond d’insociabilité
qui nous parcoure le corps –
autant que le désir d’embrasser
nous fait avancer, à égalité d’intensité.
Il se peut que j’aie à résister
à tout autre chose que ce à quoi résiste
mon ami(e), qui résiste à tout autre chose
que ce à quoi résiste son voisin,
sa voisine, etc., dans sa politique
de prise de parole quotidienne.

« Politique par procuration » :
c’est plus exactement ce qu’on doit
entendre par un
« sens politique du poétique »
qui n’assumerait pas ses nécessités
de solitude et de retrait.
Ce sens est largement répandu,
pour ce qu’il fait la part belle
au « poétique-poétique ».
Mon hypothèse est plutôt
la suivante : poésie =
se créer une forme
de résistance
au penchant.
Non en tant
que les penchants
ou les faiblesses
seraient mauvais ou
idiotement naïfs,
mais bien en tant qu’ils (oh,
le masculin l’emporte,
c’est pas possible !)
peuvent être pris
comme des objets d’étude.
L’étude (et justement pas le penchant),
c’est la parole elle-même :
une sorte de création continuée 
de penchant,
qui seule peut donner un sens,
on est toujours dans l’hypothèse,
à une quelconque forme
d’engagement politico-poétique.

Ne dites pas « nous » trop vite :
ça sent la défection paresseuse
(irresponsable) des solitudes évidentes
(qui ne sont pas
des maladies honteuses,
sauf à trépigner pour un « nous »
en toc, qui n’aurait dramatiquement
plus rien d’impur,
ou qui n’aurait de sens
qu’une ou deux minutes,
le temps d’une commémoration :
il est vrai qu’en poésie,
la commémoration dure des siècles).
C’est ce que je lirais volontiers
chez David Antin, pour une part du moins,
ou sous un angle,
et pour contacter l’idée
d’un poème parlé.

--








mardi 12 septembre 2017

En lisant Sphinx mon contour, de Maude Pilon et Simon Brown



« La poésie dit ce qu’elle fait et fait ce qu’elle dit » : tout poète bien éduqué n’a que cette formule à la bouche, quitte à oublier que la poésie risque de louper toutes ses possibilités d’inadvertance comme ses promesses de belle infidélité à la chose admise, sanctifiée, chouchoutée, fanée (entretenue par les fans de poésie à la pointe). Par chance, ces possibilités d’inadvertance, Sphinx mon contour les ouvre et les investit à toutes les pages (la question du contour). La forme du livre est généralement interrogative, aussi interrogative que peut l’être une question qui répond au désir d’avancer, et de ne pas s'installer à partir d'une formule. Les réponses sont peut-être là où les formes ne correspondent pas du tout à des réponses. Et l’imprévisibilité d’une forme, quelle qu’elle soit, ne se la pète pas. Son impression opère même à retardement, quand on a fini le livre. Légère digression en vue d’un raccordement, maintenant --- Il peut arriver qu’une certaine bigoterie expérimentale travaille assidument à faire passer le convenu chiant pour son contraire (i.e. : l’Imprévisible faisant loi ou école fanée (entretenue par les fans de poésie à la pointe), on ne voit plus bien ce qui l’est, imprévisible, en fait : c’est juste devenu une marotte poétique, voire un métier, ou une succursale du fonctionnariat - absolument tout est magnifique, inouï, nouveau, à s'y méprendre !) et c’est à croire que tout le monde y croit, des poètes aux chroniqueurs de poésie : l’important n’est plus la poésie (qui se moque trop bien de tous ses poètes), mais le fait d’être, de se sentir, de faire sentir qu’on est, poète, à une époque où c'est tellement rare de l'être (?). D’être reconnu poète. De s’installer. Jamais les poètes n’ont autant eu besoin d’être aimés et de se faire des amis. Et ils le font savoir, quitte à se moquer éperdument des questions de poésie en tant que problèmes - pas assez médiatiques. Ils n’ont rien contre les questions, bien sûr, à condition qu’elles servent à montrer qu’ils aiment la poésie, qu’ils sont dans le bain et qu'elle leur colle à la peau. Des questions à mettre dans un CV de poésie ou dans une lettre de motivation pour un employeur de poésie qui les protège. Aimez-moi, reconnaissez-moi. (Je ne parlais évidemment PAS de Maude Pilon et Simon Brown, dans cette digression) --- Fin de la digression et raccord : voilà un livre dont la figure centrale est justement la Question en personne. Volaille irritable, la poésie, elle en a marre, elle te file une bonne grosse statue de sphinx-faucon interrogative à la place du vent qui ouvre sur partout. Dans le contexte : un hiéracosphinx (sphinx à forme de faucon, donc) trouvé sur l’île Jésus (île fluviale québécoise, située au nord de l'île de Montréal), pris de dos, de face, des deux profils. Là. Tu n’as plus la place d’être poète ! Plus de formules, du vent les bigoteries lyrique et formaliste apprises. C’est fini. Il faut se lancer ailleurs.

Ô perte bienveillante
Ô billet de loto froissé, très en l’air
Par pénétration bienveillante
tu t’échappes, très propre
en l’air tu échappes
à la propriété

Alors, si on se mettait à faire autre chose que de la poésie juste à côté de la poésie ? Le contexte est le suivant : propriété privée ou pas, on n’entre pas dans un domaine appelé Lapoésie (d’ailleurs, comme disait l’autre, elle n’existe pas) - sauf à donner dans le poétique, sa prévisible imprévisibilité (les émotions émotives), où il n’y a plus vraiment lieu de « faire ce qu’on dit comme on dit ce qu’on fait », puisqu’on est déjà poète qui a de l’émotion à communiquer-performer, de toutes façons (et des émois très politiques, bien sûr). La formule est l’otage d’un chantage à la sincérité : « si tu ne crois pas en ce que je dis et ce que je fais du fond de mes tripes, t’es vraiment insensible, t’es pas humain». Et le tour est joué. N’empêche que cette fameuse formule, il faut encore jouer avec elle : contour, contour. Ne pas la sanctifier aussi facilement. Voilà un passage où l’empêchement à faire, assumé, conduit à expliciter-écrire des rapports autrement contagieux, sans rien dire. Où passe l’explicitation ? En douce, juste à côté de la poésie, dans l’empêchement, assez libérateur, de poésie, en autrement poignant que de l’émotion (qui n’a jamais rien eu de spécialement poétique en soi, sauf erreur), p. 44-51 :

entre la berge du sphinx et la berge Léonard-Ethier, l'idée de propriété privée nous empêche ; entre la berge Léonard-Ethier et le pont du Vieux-Terrebonne, l'idée de la propriété privée nous empêche ; entre le pont du Vieux-terrebonne et le coin Mille-Iles et Duguay, l'idée de propriété privée nous empêche ; entre le coin Mille-Iles et Duguay et le pont ferroviaire vers Terrebonne, l'idée de propriété privée nous empêche ; entre le pont ferroviaire vers Terrebonne et la berge face au 8000 Mille-Iles, l'idée de la propriété privée nous empêche ; (...) entre la berge face à la ferme de la rue Maurice et la berge du sphinx, l'idée de la propriété privée nous empêche. 

Des 8 pages du texte que je viens de recopier, je ne donne qu'un maigre aperçu tronqué : il vaut beaucoup mieux aller lire Sphinx mon contour par soi-même, qui en vaut le contour. Paru en mars 2017 aux éditions Verticale - centre d'artistes, Sphinx mon contour est présenté à cette adresse par ses auteurs, Maude Pilon et Simon Brown :
http://verticale.ca/programmes/simon-brown-et-maude-pilon-sans-titre-circonference-83-km/publication-sphinx-mon-contour/

Le livre m'a été envoyé par Simon Brown, qui a pris soin de l'envelopper dans un carton de bouteille de Schweppes :




lundi 11 septembre 2017

Poésie : mon métier, ma passion - témoignage





Je suis désormais énormément sollicité pour faire des lectures et des perfs dans de très très nombreux lieux institutionnels ou autre. Eh bien j’ai un secret, et je vais vous le révéler : j’ai refait entièrement mon CV grâce à Pole Emploi Poésie, j’ai appris à mettre en avant les compétences requises pour faire poète dans la place. Bien sûr, j’avais déjà publié une douzaine de livres, mais j’ai enfin compris que publier des livres aujourd’hui, c’est être trop méchant. Plus tu as publié, plus tu as été méchant et pas poète du tout. J’ai donc perfectionné mon sens de la communication et du partage, je crois que la vie c’est la poésie et inversement, je suis gentil avec les gens, je cite aussi bien Rimbaud que Mylène Farmer, et surtout : j’écris des poèmes simples qui provoquent des émotions émotionnelles et émotives à même la peau de l’émotion émotivante, dans la douceur et la transparence. Je suis ENFIN poète. Tout ça, je le dois à Pole Emploi Poésie, qui m’a ouvert les yeux sur la simplicité du métier de poète vivant. Il y en a qui disent que maintenant je fais de la merde, je ne crois pas. Je crois qu’ils sont méchants et que pour eux la poésie c’est pas la vie mais un problème. Je les plains. J’écris plein de poèmes pour les plaindre. Avant oui j’écrivais de la merde : la preuve, je publiais et j'exerçais un autre métier que poète. C’est fini. C’est une nouvelle vie qui commence. Pour fêter ma transformation vers la vraie poésie, je vous convie chaleureusement à ma série de lectures en Jordan 6 Retro Infrared : à la librairie Déchire tes livres (Lille) la Muse Gueule (Gap) Goncourt m’as-tu-vu (Paris) L’avenir du silex (Montpellier) Rime & Ruhm (Bordeaux) Librairie Espace Finaud (Bourges) Parking Leclerc (Opération portières ouvertes - Marseille) Parking Carrefour (Opération portières ouvertes - Toulouse) Parking Géant Casino (opération portières ouvertes - Angers) Parking de la Préfecture de Police (opération lecture mains en l’air - Nantes) - en attendant les dates, save the dates !

vendredi 8 septembre 2017

Contribution au dossier Poésie et film-karaoké


Ma contribution hyper-politique à l'événement "Poésie et film-karaoké" dans l'excavation limitrophe (ouais, comme ça, tout schuss) du Réel à la croisée des chemins entre poétique et éthique du corps de la langue à l'arrêt et oh mais tellement plus encore (un truc dans le genre, en tous cas) ; ça sera à la Maison de la poésie sans les murs le 17 octobre et ça sera bien et ça sera du partage et ça sera en noir et blanc et ce sera relayé par bougepas.net :


mardi 5 septembre 2017

Jody Reynolds, Edgar Allan Poe, The Stooges et un tutoriel pour dire "fun"


J'ai toujours rêvé de reprendre-massacrer des classiques du rock en les rapprochant d'une machine à poème.


1) Jody Reynolds

Le titre original c'est : "The Girl with The Raven Hair". Le problème, pour cette reprise comme pour les autres, c'est que je ne sais pas chanter. J'ai donc été voir chez Edgar Allan Poe (peu connu comme chanteur), et j'ai copié-collé le tout aussi classique texte intitulé "The Raven", lu ici par Vincent Price. Matériel : un ordi et une basse 6 cordes Squier VI et c'est marre.







2) The Stooges


Je ne sais toujours pas chanter. J'ai donc choisi de retourner aux sources du texte de la chanson "no fun", pour apprendre à prononcer le mot "fun" en anglais, déjà, en suivant un tuto sur youtube (qu'on retrouve tel quel dans le mix). Les accords ne sont pas plus fidèles à l'original que les paroles. Même matériel que dans la première reprise.

Le tuto en question, qui peut servir de support à karaoké si vous voulez passer le titre lors de votre prochaine soirée d'anniversaire :
fun
fun
fun
in moments of carnage it was clear
that battle was fun for jackie
fun
A: I heard it’s a very long game… is it any fun ?
B: I know others find it fun, but I do not
fun
fun
fun


jeudi 24 août 2017

En préparation



Mise à jour des infos chez le diffuseur, concernant mon prochain livre, Label Ventriloquie, avec la 4e de couve : où je me rends compte à quel point ce livre va rendre indifférent, au mieux perplexe, à peu près tous les poètes, lecteurs de poésie, et critiques français contemporains que je "connais" - c'est magnifique ! Et ce sera édité par Le Quartanier, bien sûr ! La couleur de la couve s'inspire de celle d'une casquette que j'ai portée tout l'été, aux couleurs d'une équipe de NFL, les Miami Dolphins (je suis fan du wide receiver Jarvis Landry). Mais en termes de critique poétique-poétique de françoise poésie, on peut dire que ce bleu turquoise souligne la nature de l'Ouvert dans l'espacement indicible de nos présences communes dans la vie du poème comme agencement répétitif de mer et de sable parce que la poésie c'est la vie et c'est la mort, etc, etc, et surtout : solennelisons nos émotions. Option 2 : c'est juste une couleur qui pète. J'aime bien cette option 2. Label Ventriloquie sera mon quatrième livre au Quartanier ! NB : ce livre ne parle pas de football américain.