Poésie : prises alternatives

Un journal de travail, par Samuel Rochery

samedi 20 janvier 2018

Relisant Barthes


Relisant Barthes, on dirait que ce passage décrit le drame déplacé, incongru, sans poids (dans une époque comme la nôtre) d'un livre comme Mattel. Ou : un genre de livre comme lui (il y en a), encore et toujours à venir, mais de plus en plus insonorisé par ce qu'on appelle l'actualité de la Communication (autre nom pour Littérature, j'en ai peur). A côté de la plaque de « l’universel pour l’universel » (très en vogue actuellement), en l'occurence. (Ah oui : les initiales "F. B.", dans le texte, ont toujours sur moi un effet comique, rappelant le nom parasite, envahissant, d'un youtubeur littéraire d'aujourd'hui...)

La littérature est condamnée à l’universel ; tout ce qui arrive en littérature est originellement culturel : les pulsions n’y naissent qu’habillées d’un langage antérieur ; la généralité dont on crédite depuis des siècles l’écrivain, le félicitant sans fin de faire de l’humain avec de l’individuel, est en réalité une servitude terrible : comment se louer d’une contrainte imposée par la nature même du langage ? Le problème de l’écrivain est donc au contraire de retrouver un particulier ultime en dépit de l’instrument général et moral qui lui est donné. (…) ici, l’auteur s’apprend et nous apprend que le particulier n’est pas l’individuel ; c’est, bien au contraire (…) la part impersonnelle et incollective de l’homme ; on ne trouvera donc dans ces textes rien qui ait un rapport avec une personne formée, c’est-à-dire avec une histoire, une vie, un caractère ; mais on n’y trouvera non plus aucun miroir d’humanité. (…) la substance de cette écriture n’est pas le « vécu » (le « vécu » est banal et c’est précisément lui que l’écrivain doit combattre), mais ce n’est pas non plus la raison (…) ce conflit célèbre, F. B. en rejette les termes, et c’est par ce refus innocent qu’il est en passe d’accomplir l’utopie d’un langage particulier. Cette action a une grande conséquence critique : bien que les textes de F. B. puissent être décrits comme étant, rien au monde ne peut les empêcher de devenir : objet parfait et cependant à faire, selon des voies qui appartiennent à l’auteur seul ; atteint dans l’écriture, le particulier lutte ici avec l’œuvre que toute la société, morale, exige de celui qui écrit.


Barthes, « Le général, l’individuel et le particulier », F.B., Le bruissement de la langue.

mardi 16 janvier 2018

Poètes de France and from Navarre !


"Poètes de France and from Navarre, vous trouviez que cet auteur ne parlait déjà pas votre langue ? C'est le moment d'aller vérifier ! Vous ne serez pas déçus ! Je crois même que vous y trouverez une nouvelle bonne raison de ne pas le lire et de ne surtout pas en parler ! C'est pas beau ça, un auteur qui vous mâche tout le travail ?" -- Francky Framboise


http://www.wordswithoutborders.org/dispatches/article/the-translator-relay-samuel-rochery-jessie-chaffee




mardi 9 janvier 2018

Poèmes Stars 80



Quelques tubes français des années 80 traduits en poèmes courts. La lectrice est une voix d'ordinateur qui s'appelle Audrey. C'est une magnifique interprète.

Un "single" (Face A et B) sur bandcamp :




LES DEMONS DE MINUIT

je suis un fantôme
je m’entraîne à vous éclairer
je veux un disque de poésie dansante sur talons-aiguilles,
à midi comme à minuit, je suis un démon,
je suis un fantôme, je m’entraîne à vous éclairer,
je ne veux pas dormir,
je m’entraîne à faire tomber la nuit dans vos coeurs
jusqu’à ce que plus rien ne se déhanche,
aimez vos insomnies
comme la funky music et les cigarettes,
et mettez donc vos poèmes sur le trottoir.


ON VA S'AIMER

on va s’aimer,
sous une étoile ou sur un oreiller,
dans la miche de pain
ou dans un vieux merdier
on va rêver à d’autres blousons
on va quitter ces fourrures de bison
on va s’aimer, dans la miche de pain,
ou dans un vieux merdier,
on va s’aimer à faire péter la syntaxe
au fond de nos prisons,
prenons l’avion
prenons les banquises
prenons toutes ces bêtises,
on va s’aimer, toi aussi tu peux le dire.


Un 3e titre sur soundcloud :





VOYAGE, VOYAGE

(Chantage, chantage, dans l'espace des Inuits de l'amour)

Dans ma voiture il y a
un vieux volant
des idées fatales
dans mon moteur
une Amazonie et des eaux sacrées
des nuages et des maracas
c'est inouï comme ça capitalise
non loin des dunes du Sahara
dans l'espace des Inuits de l'amour
ton coeur bombarde son Gange
on n'en revient toujours pas.


samedi 28 octobre 2017

La voix est le dernier de mes soucis


"C'est une fatigue vocale".





Making-of :


mardi 12 septembre 2017

En lisant Sphinx mon contour, de Maude Pilon et Simon Brown



« La poésie dit ce qu’elle fait et fait ce qu’elle dit » : tout poète bien éduqué n’a que cette formule à la bouche, quitte à oublier que la poésie risque de louper toutes ses possibilités d’inadvertance comme ses promesses de belle infidélité à la chose admise, sanctifiée, chouchoutée, fanée (entretenue par les fans de poésie à la pointe). Par chance, ces possibilités d’inadvertance, Sphinx mon contour les ouvre et les investit à toutes les pages (la question du contour). La forme du livre est généralement interrogative, aussi interrogative que peut l’être une question qui répond au désir d’avancer, et de ne pas s'installer à partir d'une formule. Les réponses sont peut-être là où les formes ne correspondent pas du tout à des réponses. Et l’imprévisibilité d’une forme, quelle qu’elle soit, ne se la pète pas. Son impression opère même à retardement, quand on a fini le livre. Légère digression en vue d’un raccordement, maintenant --- Il peut arriver qu’une certaine bigoterie expérimentale travaille assidument à faire passer le convenu chiant pour son contraire (i.e. : l’Imprévisible faisant loi ou école fanée (entretenue par les fans de poésie à la pointe), on ne voit plus bien ce qui l’est, imprévisible, en fait : c’est juste devenu une marotte poétique, voire un métier, ou une succursale du fonctionnariat - absolument tout est magnifique, inouï, nouveau, à s'y méprendre !) et c’est à croire que tout le monde y croit, des poètes aux chroniqueurs de poésie : l’important n’est plus la poésie (qui se moque trop bien de tous ses poètes), mais le fait d’être, de se sentir, de faire sentir qu’on est, poète, à une époque où c'est tellement rare de l'être (?). D’être reconnu poète. De s’installer. Jamais les poètes n’ont autant eu besoin d’être aimés et de se faire des amis. Et ils le font savoir, quitte à se moquer éperdument des questions de poésie en tant que problèmes - pas assez médiatiques. Ils n’ont rien contre les questions, bien sûr, à condition qu’elles servent à montrer qu’ils aiment la poésie, qu’ils sont dans le bain et qu'elle leur colle à la peau. Des questions à mettre dans un CV de poésie ou dans une lettre de motivation pour un employeur de poésie qui les protège. Aimez-moi, reconnaissez-moi. (Je ne parlais évidemment PAS de Maude Pilon et Simon Brown, dans cette digression) --- Fin de la digression et raccord : voilà un livre dont la figure centrale est justement la Question en personne. Volaille irritable, la poésie, elle en a marre, elle te file une bonne grosse statue de sphinx-faucon interrogative à la place du vent qui ouvre sur partout. Dans le contexte : un hiéracosphinx (sphinx à forme de faucon, donc) trouvé sur l’île Jésus (île fluviale québécoise, située au nord de l'île de Montréal), pris de dos, de face, des deux profils. Là. Tu n’as plus la place d’être poète ! Plus de formules, du vent les bigoteries lyrique et formaliste apprises. C’est fini. Il faut se lancer ailleurs.

Ô perte bienveillante
Ô billet de loto froissé, très en l’air
Par pénétration bienveillante
tu t’échappes, très propre
en l’air tu échappes
à la propriété

Alors, si on se mettait à faire autre chose que de la poésie juste à côté de la poésie ? Le contexte est le suivant : propriété privée ou pas, on n’entre pas dans un domaine appelé Lapoésie (d’ailleurs, comme disait l’autre, elle n’existe pas) - sauf à donner dans le poétique, sa prévisible imprévisibilité (les émotions émotives), où il n’y a plus vraiment lieu de « faire ce qu’on dit comme on dit ce qu’on fait », puisqu’on est déjà poète qui a de l’émotion à communiquer-performer, de toutes façons (et des émois très politiques, bien sûr). La formule est l’otage d’un chantage à la sincérité : « si tu ne crois pas en ce que je dis et ce que je fais du fond de mes tripes, t’es vraiment insensible, t’es pas humain». Et le tour est joué. N’empêche que cette fameuse formule, il faut encore jouer avec elle : contour, contour. Ne pas la sanctifier aussi facilement. Voilà un passage où l’empêchement à faire, assumé, conduit à expliciter-écrire des rapports autrement contagieux, sans rien dire. Où passe l’explicitation ? En douce, juste à côté de la poésie, dans l’empêchement, assez libérateur, de poésie, en autrement poignant que de l’émotion (qui n’a jamais rien eu de spécialement poétique en soi, sauf erreur), p. 44-51 :

entre la berge du sphinx et la berge Léonard-Ethier, l'idée de propriété privée nous empêche ; entre la berge Léonard-Ethier et le pont du Vieux-Terrebonne, l'idée de la propriété privée nous empêche ; entre le pont du Vieux-terrebonne et le coin Mille-Iles et Duguay, l'idée de propriété privée nous empêche ; entre le coin Mille-Iles et Duguay et le pont ferroviaire vers Terrebonne, l'idée de propriété privée nous empêche ; entre le pont ferroviaire vers Terrebonne et la berge face au 8000 Mille-Iles, l'idée de la propriété privée nous empêche ; (...) entre la berge face à la ferme de la rue Maurice et la berge du sphinx, l'idée de la propriété privée nous empêche. 

Des 8 pages du texte que je viens de recopier, je ne donne qu'un maigre aperçu tronqué : il vaut beaucoup mieux aller lire Sphinx mon contour par soi-même, qui en vaut le contour. Paru en mars 2017 aux éditions Verticale - centre d'artistes, Sphinx mon contour est présenté à cette adresse par ses auteurs, Maude Pilon et Simon Brown :
http://verticale.ca/programmes/simon-brown-et-maude-pilon-sans-titre-circonference-83-km/publication-sphinx-mon-contour/

Le livre m'a été envoyé par Simon Brown, qui a pris soin de l'envelopper dans un carton de bouteille de Schweppes :




vendredi 8 septembre 2017

Contribution au dossier Poésie et film-karaoké


Ma contribution hyper-politique à l'événement "Poésie et film-karaoké" dans l'excavation limitrophe (ouais, comme ça, tout schuss) du Réel à la croisée des chemins entre poétique et éthique du corps de la langue à l'arrêt et oh mais tellement plus encore (un truc dans le genre, en tous cas) ; ça sera à la Maison de la poésie sans les murs le 17 octobre et ça sera bien et ça sera du partage et ça sera en noir et blanc et ce sera relayé par bougepas.net :


mardi 5 septembre 2017

Jody Reynolds, Edgar Allan Poe, The Stooges et un tutoriel pour dire "fun"


J'ai toujours rêvé de reprendre-massacrer des classiques du rock en les rapprochant d'une machine à poème.


1) Jody Reynolds

Le titre original c'est : "The Girl with The Raven Hair". Le problème, pour cette reprise comme pour les autres, c'est que je ne sais pas chanter. J'ai donc été voir chez Edgar Allan Poe (peu connu comme chanteur), et j'ai copié-collé le tout aussi classique texte intitulé "The Raven", lu ici par Vincent Price. Matériel : un ordi et une basse 6 cordes Squier VI et c'est marre.







2) The Stooges


Je ne sais toujours pas chanter. J'ai donc choisi de retourner aux sources du texte de la chanson "no fun", pour apprendre à prononcer le mot "fun" en anglais, déjà, en suivant un tuto sur youtube (qu'on retrouve tel quel dans le mix). Les accords ne sont pas plus fidèles à l'original que les paroles. Même matériel que dans la première reprise.

Le tuto en question, qui peut servir de support à karaoké si vous voulez passer le titre lors de votre prochaine soirée d'anniversaire :
fun
fun
fun
in moments of carnage it was clear
that battle was fun for jackie
fun
A: I heard it’s a very long game… is it any fun ?
B: I know others find it fun, but I do not
fun
fun
fun


jeudi 24 août 2017

En préparation



Mise à jour des infos chez le diffuseur, concernant mon prochain livre, Label Ventriloquie, avec la 4e de couve : où je me rends compte à quel point ce livre va rendre indifférent, au mieux perplexe, à peu près tous les poètes, lecteurs de poésie, et critiques français contemporains que je "connais" - c'est magnifique ! Et ce sera édité par Le Quartanier, bien sûr ! La couleur de la couve s'inspire de celle d'une casquette que j'ai portée tout l'été, aux couleurs d'une équipe de NFL, les Miami Dolphins (je suis fan du wide receiver Jarvis Landry). Mais en termes de critique poétique-poétique de françoise poésie, on peut dire que ce bleu turquoise souligne la nature de l'Ouvert dans l'espacement indicible de nos présences communes dans la vie du poème comme agencement répétitif de mer et de sable parce que la poésie c'est la vie et c'est la mort, etc, etc, et surtout : solennelisons nos émotions. Option 2 : c'est juste une couleur qui pète. J'aime bien cette option 2. Label Ventriloquie sera mon quatrième livre au Quartanier ! NB : ce livre ne parle pas de football américain.












mercredi 23 août 2017

vendredi 16 juin 2017

@Radio Galère - Dataplex, résistances musicales : #oneshot


Le 13 juin Dataplex, résistances musicales recevait Philippe Hauer, l'éditeur de Vanloo, pour une présentation en visioconférence des 5 premiers petits livres de la collection #oneshot. Lus par Esther Salmona, qui en fait un compte-rendu critique à la fin de l'émission - animée par Damien Morel.

ça se réécoute ici : http://www.radiogalere.org/node/10534 

Avec :

Fernand Fernandez
Antoine Brea
Philippe Hauer
Jérôme Bertin
Samuel Rochery
























Playlist :