Poésie : prises alternatives

Un journal de travail, par Samuel Rochery

mardi 9 septembre 2014

Le sentiment international du foutoir du monde


La réduplication stricte (au plan morphologique) est, en fait, un simple duplicata de "mot" qui aggrave le foutoir dans toutes les langues. Exemples tirés du sentiment international du foutoir du monde :

• En soninke :

« nàn fiti fiti » : bouger dans tous les sens.

• En rwanda :

« ndashaakashaaka urufuunguuzo » : je cherche partout la clé.

• En français :

« poétique-poétique » : ouais, vaguement poétique.

En gros, la rhétorique est trop timide ou carrément démissionnaire quant au sens qu’on peut donner à l’itératif de la duplication : fiti fiti, shaakashaaka, poétique-poétique, n’arrangent absolument rien au fait que je sois 1) désorienté, 2) que j’aie perdu mes clés, et 3) que je m’emmerde avec mes cordes lyriques. Je suis désorienté et - comme si ça ne suffisait pas - je pars dans tous les sens. Je cherche mes clés mais je ne sais pas choisir une direction. Je « fais de la poésie » mais je ne fais rien de la poésie. En soninke, rwanda, français : t’es dans l’ambiance. Il y a dans cette bizarre « réduplication » - « duplication » suffirait à rendre compte de ce qui se passe morphologiquement - tout l’enjeu prometteur de l’exactement contraire de sa définition rhétorique. Parce qu’il s’agit moins de décrire une langue que de décrire le langage, peut-être. Une description du langage, non une description linguistique des langues, consisterait à parler provisoirement comme ça (pré-poésie à partir d’un choix politique - je verrai le poème plus tard) :

Une re-duplication c’est : « non, la copie n’était pas encore la tienne, refais-la. Cherche un peu mieux tes clés. Concentre-toi. Fais quelque chose de la poésie. »