Poésie : prises alternatives

Un journal de travail, par Samuel Rochery

jeudi 8 décembre 2016

Non-linéaire


Petite remarque, à développer, à partir d'un tweet de mon fil d'actus, qui donnait ça :

https://www.publie.net/2015/09/23/en-mode-shuffle-reflexion-sur-la-litterature-non-lineaire/

La remarque à développer :

Toute une littérature dite « non-linéaire » me semble plutôt se battre dans tous les sens avec ce qu’elle ne fait pas ou rêve de faire (à grand renforts d’apparences formelles), à savoir : une phrase qui serait elle-même non-linéaire. Une ligne piégée. Une conception non-linéaire de la phrase de fiction elle-même. Exemples ? Ceux qui me viennent de lectures ou relectures récentes : Nathalie Quintane, Ben Marcus (pas traduit par Claro, si possible). En un mot : les poètes ! La question du poème dans sa chronologie plurielle y revient comme un fantôme hyperactif dans chaque ligne, sans le dire (lire Formage, par exemple). Et c’est un bonheur. A défaut de bonheur, ici (dans certains des textes cités par le lien, ostentatoirement non-linéaires), la question est souvent : « comment donner le change au plan-plan ? ». Comment bouger avec du bien plan-plan ? Littérature un peu trop « grossière » parfois dans son approche de la pensée et du langage pour être stimulante (je me demande si ce n’est pas la présentation qui en est faite qui l’est, "grossière", plutôt) : comme s’il suffisait de tronçonner et recoller un texte déjà existant (celui d’un autre, ou celui qu’on aurait déjà dans la voix - ce texte absolu !) pour faire croire à de la non-linéarité, de la rupture, du changement de cap et de la « reconfiguration ». Ce n’est même pas ludique : c’est attendre en se tournicotant une mèche de cheveu que l’esprit de la non-linéarité vous tombe du ciel. Bon sang. A quel point la question des « formes » est déconnectée de ce qui la rend nécessaire, cette question ! Parce que j’ai beau chercher, je ne vois pas la nécessité de re-former, déformer un morceau de littérature dont l’esprit demeure calqué sur une conscience passe-partout, pépère, gentille, convenue (jusque dans son désir de rupture), des choses - pour ça, la meilleure forme (nécessaire) demeurerait encore un bon récit bien linéaire, et il n’y aurait pas à en rougir.