Poésie : prises alternatives

Un journal de travail, par Samuel Rochery

mercredi 2 janvier 2019

Question de datifs acrobatiques



Question d'Antoine Guessinot (mail du 23/12/2018).

(...)

Que veux-tu dire, Samuel, lorsque que tu écris, de façon ironique, que « c’est à croire que l’expression de poésie (de : entendre un datif) suffira bien, parce que l’expression poétique, c’est trop dur à fabriquer » dans Vient de paraître un livre performant ? J'y entends, pour le coup, une performance linguistique acrobatique un peu obscure !

Réponse (27/12/2018)

La parenthèse est une irruption de l’allemand dans le français ! Toute « expression de poésie » (génitif objectif) est en réalité une déclaration d’amour faite à la poésie, à l’image qu’on se ferait de la poésie tout au moins (et pas encore, donc, quelque chose de l'ordre de l'expression poétique). De même qu’on devrait traduire la « volonté de puissance » nietzschéenne (Wille zur Macht) par « Volonté vers la puissance », puisque le génitif, en allemand, conserve cette idée de tension (zu + datif). Hé bien, je veux  entendre un datif, même complètement fantôme, en français. Le verbe "(s')exprimer" est un verbe de mouvement, de désir. Le verbe "imaginer" aussi, comme dans ma Lettre à Chuck Norris. Quand j'y parle de « l’imagination d'un adversaire », je considère que la génitivité objective de la préposition s’apparente, doit s’apparenter, à l’expression d’un datif : l’expression d’un but, d’un « ce vers quoi l’on tend ». Bien sûr, si j’avais écrit « l’imagination vers un adversaire », ou « expression vers de la poésie », on aurait trouvé ça lourd. Préciser que c’est un datif (celui qu’on a en allemand), entre parenthèses, c’est tout ce que j’ai trouvé pour être moins lourd, tout en insistant sur le fantôme du datif. Et là, je sens que je pèse une tonne…